Se réinventer, toujours

Un selfie à l’argentique ?

Être freelance, c’est devoir se faire à l’idée que tout se passe en dent de scie. C’est accepter les vagues d’émotions positives et négatives qui peuvent surgir au sein d’une même pensée. Chaque semaine je me demande si je dois continuer, si je suis assez bon. Chaque semaine je me dis que je vais atteindre tout mes objectifs et que j’ai la meilleure vie possible. L’important dans ces moments-là, c’est de se rappeler du pourquoi. De mon côté, pouvoir sortir courir ou avaler les kilomètres en gravel à n’importe quelle heure, changer mes plans au dernier moment, c’est ce qui fait la force de mon statut. La liberté de mouvement (même si, comme je vous l’expliquerai, celle-ci a un peu été perdue ces derniers mois) est je pense le plus grand luxe possible. Alors quand les mois sont compliqués, quand le travail n’afflue pas comme je le voudrais, j’essaie tant bien que mal de me rappeler que c’est le prix de la liberté, et celle-là, je ne voudrais la perdre pour rien au monde..

La dernière fois que j’écrivais ici, c’était en octobre 2023. Nous étions en Belgique, dans notre van, heureux comme tout. Je devais rentrer en France pour une semaine, histoire de réaliser un de mes grands objectifs professionnel : travailler avec Alex Strohl. L’histoire est drôle : quand j’ai quitté la banque en 2019 pour me lancer à mon compte, j’ai acheté un carnet, plein de bonne volonté, dans lequel j’ai écrit mes objectifs à plus ou moins long terme. Parmi ceux-là, “travailler avec Alex Strohl”. Me voilà donc en direction de l’Ardèche pour aider Alex en tant qu’assistant producteur sur une de ses retreats : une semaine durant laquelle n’importe qui peut venir apprendre, discuter, réaliser des photos dans des conditions idéales, et tout cela mené par Alex. Des shootings sont organisés tous les jours, une vraie semaine pour construire son portfolio de photographe! Salomon, Cake, artisans, éleveurs, tout est préparé pour passer des moments exceptionnels. D’ailleurs, ce sera toujours dans l’inattendu que le meilleur se produira!

Compilation de moments en Belgique, digital et argentique

Me voilà donc en Ardèche, où j’arrive avec Nut, notre camping car. Petit rappel, il mesure 5,65m, 2,75m de haut, 2,20m de large; ça a son importance. Me voilà sur la dernière portion de route avant d’arrivée chez Alex, où je serai garé pour toute la semaine! Un détail attire mon regard, un panneau indiquant “Largeur max 2m”. Habituellement très prudent, je suis tellement proche de ma semaine de rêve que j’y vais. Je ne vous raconte pas la sueur durant ce dernier km. À ma droite, une grande marche de 1m50 de haut, à ma gauche un muret pas vraiment stable qui a l’air de s’effondrer régulièrement. Sans mentir, mes roues côté droit sont à la limite du vide. À gauche, je risque à chaque seconde de rayer la carosserie ou de me bloquer. Ici, pas de demi-tour possible. Au dessus, des arbres bien trop bas pour laisser un camping car passé. Je passe quand même, en me disant que les branches seront assez souples. Ça passe, je tremble et j’ai peur de renverser le van : ce serait le meilleur début de semaine non ? J’arrive au bout du chemin, et je vois débouler un Land Rover Defender blanc, c’est Alex, qui a l’air surpris de voir un véhicule comme Nüt ici, il me reconnait et me dit “Tu as fait le plus dur, plus qu’un arbre qui va te gêner et t’es bon!” J’attaque donc la descente à travers la forêt, sur une route qui n’est pas vraiment adaptée : il n’existe pas moins tout-terrain que ce camping car 🤭 Me voilà enfin garé, j’essaie de reprendre mes esprits et ne pas penser au chemin retour dans une semaine (spoiler, ça s’est bien passé). Quand les autres ont vu le van, ils m’ont demandé si j’avais vraiment emprunté ce chemin 😂 ..

Première soirée en Ardèche

La semaine fut exceptionnelle, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes géniales et prêtes à partager leur expérience, leurs émotions, et ce fut mieux encore que ce que j’avais pu imaginer. Les journées étaient longues et intenses, quel honneur d’assister Alex et Graham (le producteur) sur cette belle semaine. J’ai eu la chance de rencontrer Isaac Johnston, Joel Hypponen, Andrea Dabene, et tous les participants, tous plus talentueux les uns que les autres. D’ailleurs, on réitère l’expérience cette année, si vous voulez des renseignements, c’est ici.

Rapide sélection : shooting salomon, visite de villages ardéchois, shooting dans les gorges de l’Ardèche au petit matin, Isaac Jonhston qui donne tout sur une moto électrique Cake, moi qui profite de la lumière et enfin un moment hors du temps dans un vieux four communal, allumé pour faire du pain à l’ancienne

De retour dans la Drôme, je me sens différent, capable de plus grand, de mieux. J’ai ouvert mon esprit et cassé un plafond de verre que j’avais moi-même édifié. Côtoyer des personnes qui voient plus grand que toi, qui sont à des stades plus avancés, c’est essentiel. Vivement la suite! Le but est désormais de partir en Italie. L’enchainement qui va suivre est assez intense : le froid gagne la France, la neige s’empare des routes qui mènent à l’Italie (le tunnel du mont Blanc est fermé pour travaux), Nüt n’est pas vraiment fait pour le froid, alors nous décidons de passer une semaine à Chamonix, dans l’appartement de mes grands parents, libre une bonne partie de l’année. Une semaine qui s’est transformée en 1 mois et demi. Nous n’avions pas envie de revivre le grand froid dans le camping-car, et nous étions bien en Haute Savoie. J’ai profité de ma motivation et de mon inspiration pour réaliser des images que j’adore. Nos amis de Nomadvanture nous ont rejoint pour une semaine, le bonheur de leur faire découvrir la beauté des Alpes. La hauteur des sommets ici ne cesse de te remettre à ta place, chaque jour. Nous sommes déjà en Décembre, alors plutôt que de partir loin, nous revenons dans la Drôme pour les fêtes. En bref, tout ne s’est pas passé comme prévu, et l’enchainement de moments difficiles nous a beaucoup appris.

Chamonix l’hiver

Allez, 11 janvier 2024, nous allons reprendre la route dans 3 jours, direction l’Italie ! Enfin ! Après tout ce qu’il s’est passé, nous avons hâte de prendre la route, qui nous permettra de prendre le recul, impossible à prendre ici pour l’instant. Léa et Paul sont là pour venir skier avec nous, il fait beau, la neige est incroyable. Sarah a un mauvais pressentiment, elle ne sait pas quoi ni pourquoi mais elle n’est pas à l’aise. Au sommet des remontées mécaniques, nous choisissons l’une des trois pistes qui s’offrent à nous. Sarah part devant avec Paul, suivi de Léa et enfin de moi. Je regarde Sarah descendre une petite bosse, et je vois son ski se bloquer net dans un tas de poudreuse, je la vois partir en arrière et tomber. Une chute fréquente en ski, Sarah est très bonne skieuse, et je me dis qu’elle va se relever facilement et qu’on en rigolera. Léa me dit “attends je vais la voir quand même, elle a pas l’air bien”. Je commence à devenir sérieux, et arrivé au niveau de Sarah, elle me regarde et me dit “j’ai l’impression que ça va pas là”. Je lui demande si elle est certaine de ça, si elle peut se relever. Elle s’exécute, tente un virage, et en prenant appui sur son genou gauche, elle comprend que son premier sentiment était le bon. Cela ne tient plus, son genou ne tient plus. On prévient un skieur d’aller prévenir un pisteur, nous plantons les skis en amont pour prévenir les skieurs de ralentir. Sarah est au sol et n’arrive pas à se relever, elle est donc ramenée au poste de secours à l’arrière d’une motoneige, dans une luge de secours. Elle part avec les secours. Je la rejoint au plus vite chez le médecin le plus proche. Ce dernier ne sera pas long à poser un diagnostic : rupture du ligament croisé antérieur. Les radios le confirmeront. Environ 8 mois de rééducation, avec 3 séances de kinésithérapie par semaine, ici dans le Vercors.

On profite du Vercors comme il se doit, et on profite bien-sûr des restaurants exceptionnels comme le Café Brochier

Voilà comment la vie nous envoie des signes et nous apprend à ralentir. Pour un couple comme nous qui aime bouger, qui est habitué à voyager, à avaler les kilomètres, nous retrouver ici dans le Vercors pour quasiment une année, c’est dur. 3 mai, 12h25 quand j’écris ces lignes : la rééducation se passe bien, l’opération s’est bien déroulée. Nous nous répétons que si cela est arrivé, ce n’est pas pour rien. Nous avons appris énormément ces derniers mois, sur nous, notre travail, notre vie, nos proches et nos amis. Le but est de repartir en novembre 2024, sans rentrer en France jusqu’à juin 2025 ❤️ Le positif n’est pas compliqué à trouver : l’entreprise de Sarah décolle, mes ambitions changent, j’ai repris le sport comme jamais je ne l’aurais pensé, et de beaux projets arrivent !

Reprendre le sport, meilleure sensation ♥️

En tant que photographe j’ai évolué aussi : je vois plus grand, j’ai des envies que je n’avais pas avant, j’ose cibler des marques qui me semblaient inaccessibles avant, j’ai travaillé pour Arc’teryx à Paris, j’ai rencontré des personnes bienveillantes qui me font confiance, j’élargis mes horizons et je pense que notre prochain départ en van sera différent : plus de pression d’être à tel endroit à telle date : nous nous laisserons guider par nos envies, par le travail et la météo! Je ne me considère plus uniquement comme photographe, mais comme un créatif au sens large. Je veux être en mesure de monter des équipes adaptées à un projet bien défini. Rester photographe bien-sûr, mais aussi directeur créatif : m’entourer des meilleurs pour donner le meilleur. Qui sait où la vie me mènera !

Allez, la bise ❤️

Oh, on a du acheter une panda aussi, se déplacer en camping car c’est pas le plus pratique 😃















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Un été et ça repart